Henvic
La mémoire de la commune
Henvic [ɛ̃vik] (en breton : Henvig) est une commune du département du Finistère, dans la région Bretagne, en France. Henvic occupe une position centrale dans la baie de Morlaix, entre les deux rias de la Penzé et de la rivière de Morlaix.
Au fil de l’histoire
Un dolmen et un menhir (disparus) à Lingoz ainsi que des tumuli à Goarem ar Justis et Kerichard attestent d'un peuplement très ancien. Un poignard, trouvé au manoir de Lingos, ayant quatre gros rivets à sa base se trouve, ainsi que quelques autres vestiges trouvés au même endroit, au Musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Les Romains auraient implanté un poste militaire d'observation à Langros, endroit le plus élevé de la commune, afin de surveiller la mer.
Henvic porta anciennement le nom de Hen-Guic qui signifie vieux-bourg. Wic, dans les anciennes langues celtique, scandinave et saxonne signifie "baie, golfe ou embouchure". En breton, gwic traduit le latin vicus et désigne le bourg central d'une paroisse, elle même appelée plou, par exemple Gwidalmezo désigne le bourg de Ploudalmezo, la paroisse du Talmezon.
Le VIe siècle fut marqué par l'arrivée de moines venus d'Irlande et du Pays de Galles pour prêcher la religion chrétienne (saint Carantec, puis saint Maudez). Les Henvicois se montrèrent très fervents envers saint Maudez. Ce dernier parcourut la Bretagne pour convertir ; il construisit alors de nombreuses chapelles et monastères : c'est ainsi que le bourg de Henvic aurait été fondé au lieu-dit le Menec'h (= pluriel de manac'h, "moine" en langue bretonne). Les invasions normandes et vikings, au cours du IXe siècle et principalement en 878, engendrèrent la construction de manoirs fortifiés construits en pierres en lieu et place du bois antérieurement utilisé.
Selon René Largillière, le bourg actuel d'Henvic serait le bourg primitif de l'ancienne paroisse de Taulé, dont Henvic n'était qu'une trève ; pour des raisons inconnues, le chef-lieu paroissial aurait été reculé dans les terres.
En 1481, à la montre de l'évêché de Léon tenue à Lesneven, Henvic est représenté par onze nobles.
La principale seigneurie fut celle de Lézireur (ou Lézillur, ou Lissilour) possédée en 1421 par Yves Kerigou, maître d'hôtel de la duchesse Jeanne de France et qui passe en 1460 aux mains des Guicaznou dont les armes sont gravées sur une vasque encore visible dans la ferme du château. Cette seigneurie disposait des droits de basse justice, moyenne justice et haute justice, les fourches patibulaires étant dressées sur le tumulus dénommé Goarem ar Justis à Langros, le chemin y menant était encore dénommé il y a peu stéat an anaon ("chemin des trépassés"). Le seigneur de Lézireur Mériadec de Guizcanou, capitaine de la ville et du château de Morlaix, obtint du roi Louis XII le droit de tenir à Henvic une foire annuelle et détenait aussi les droits de passage pour le franchissement de l'estuaire de la Penzé à "La Corde". Du manoir de Lézireur, il ne reste pratiquement plus rien de nos jours sauf une vasque en granite et quelques linteaux gothiques sur les maisons du hameau.
Au début du XVIe siècle, le bourg de Henvic possédait plusieurs maisons nobles, des auberges, des hostelleries mais en 1522, alors que Jean de Guizcanou avait hérité des titres et fonctions de son père Mériadec, le château de Lésireur et le bourg furent détruits et presque entièrement brûlés lors de l'attaque de Morlaix par une expédition anglaise. Le clocher de la "Vieille église" est reconstruit après ce pillage. Le mariage en 1557 de Jeanne de Guizcanou, dame de Lézireur, fille de Jean de Guizcanou, avec Christophe Gourio, écuyer, fait passer le manoir aux mains de la famille Gourio. Le château de Lésireur fut à nouveau incendié partiellement en 1594 pendant les guerres de la Ligue par les Ligueurs. Par la suite, Alain Gourio, fils de Jeanne de Guizcanou, marié avec Lucrèce Le Tavignon, est à son tour seigneur de Lézireur : c'est lui qui en 1639, rattache les seigneuries de Penzé et de l'Île Callot à celle de Lézireur. Le mariage de leur fille, Jeanne Gourio, née vers 1635, mariée le 14 décembre 1663 à Nantes avec Eustache-Charles de Lys, fait de ce dernier, qui est aussi seigneur de Beaucé et, en 1660, sénéchal et président du présidial de Rennes et conseiller au Parlement de Bretagne, le seigneur de Lézireur.
D'autres seigneuries existaient : celle de Kerily (famille Kermellec) ; celle de Quistillic en bordure de la Penzé (qui appartint aux Kerlouagen, puis aux Jegou du Laz et enfin aux Crémeur) ; celle de Kerdanet (familles Gourio, puis Penhoadic, puis Mescam) dont le château fut détruit lors de la Révolution française ; celles de Feunteun-Speur, de Coat-Plohou, Le Heder, Castellenec, Lingoz, Coatalec.
Vers le milieu du XIXe siècle l'ossuaire désaffecté servit d'école.
Les origines du nom
Le nom de la localité est attesté sous les formes envic en 1439 et Henguic en 1445 et en 1481.
Henvic est issu du breton Hen (vieux) et gwik (bourg).
Des vies liées à la commune
Pierre-Joseph de Coëtamlem (né en 1749, décédé en 1827), seigneur de Trogriffon, fut l'auteur d'un dictionnaire breton manuscrit en huit volumes qu'il rédigea pendant la Révolution française, alors qu'il vivait reclus dans son manoir de Trogriffon. Cet ouvrage fut oublié à la mort de l'auteur et réapparut brièvement au XXe siècle, pour finalement être acheté par la ville de Brest en 2003. Il constitue une source importante de la vie des paysans bretons pendant et après la Révolution puisque Coëtanlem ne se limitait pas seulement à la lexicographie mais décrivait aussi les pratiques et coutumes du peuple.
François-Marie Borgnis-Desbordes, né à Brest le 14 juillet 1769, propriétaire, négociant, manufacturier, maire de Henvic depuis l'an IX, fut élu député du Finistère le 21 octobre 1818. Il siégea au côté gauche et vota en 1819 avec les libéraux contre les lois d'exception. Il fut aussi un des 95 opposants au nouveau système électoral. Une biographie de 1820 lui consacre cette brève notice : « Un des muets du côté gauche. Il a cinq pieds et cinquante ans.
Le paysage et le village
Henvic fait partie traditionnellement du Pays Pouched, qui se situe entre la Penzé et la rivière de Morlaix et comprend les communes de Carantec, Henvic, Taulé et Locquénolé. On parle aussi du pays chikolodenn, initialement le nom de la coiffe portée par les femmes de la région de Saint-Pol-de-Léon.
La commune s'est développée sur un plateau entre 50 mètres et 78 mètres d'altitude et est proche de la Manche même si elle ne dispose pas de façade littorale. En situation péninsulaire, Henvic bénéficie du climat privilégié de la Ceinture dorée et pratique essentiellement une agriculture maraîchère et légumière, artichauts et choux-fleurs principalement.
La commune est située dans le bassin Loire-Bretagne. Elle est drainée par la Penzé et divers autres petits cours d'eau.



